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Allaitement

Le sujet de l’heure, c’est l’allaitement. J’ai un peu parlé de mon expérience ici, mais je tenais à revenir sur le sujet. Comme j’en ai brièvement parlé ici, l’accouchement de Bébé J. n’a pas été de tout repos. Après m’être rendue à 42 semaines, j’ai été induite, sans succès. Bébé J. est finalement née par césarienne d’urgence parce que son cœur décélérait. Je n’ai rien vu, étant sous anesthésie générale. Elle était en pleine forme à la naissance, ce qui est le plus important. C’était déjà un premier deuil pour moi, l’accouchement par voie naturelle.

Soyons clairs : je veux allaiter. J’ai toujours voulu allaiter. Parce que c’est bon pour la santé, parce que c’est plus pratique, pour toutes mes raisons, bonnes ou pas, mais ce sont les miennes, je ne me sens pas obligée d’allaiter et j’aurais pu donner le biberon sans problème.

Donc, après deux jours, on sort de l’hôpital. Retour à la maison. Bébé hurle pendant 48 h. On essaie tout, tout, tout. On appelle Info-Santé. On se sent complètement incompétent. L’infirmière du CLSC vient – enfin – faire sa visite de routine. Conclusion : bébé a perdu 17 % de son poids parce que je n’ai pas de lait. C’est mon premier. Je savais que la montée laiteuse devait venir et que je le sentirais, mais à quel moment? Je ne savais pas. Donc, ça fait deux jours que mon bébé est affamé, et par ma faute (j’aurais dû me rendre compte que je n’avais pas assez de lait… comment!?!). M. X. va chercher du lait à la pharmacie et bébé s’endort enfin paisiblement.

Me voilà donc abonnée à la clinique d’allaitement. Pendant trois semaines, j’irai tous les jours. Au début, on m’encourage à continuer. Ce qui n’est pas un problème pour moi, puisque je veux allaiter et je sais que ce ne sera pas facile. Je prends des médicaments quatre fois par jour, des produits naturels, je tire mon lait six fois par jour et après chaque boire.

Dix jours après l’accouchement, je me ramasse à l’urgence pour fièvre incontrôlable : infection de ma plaie de césarienne. Pendant 1 mois ½, j’irai au CLSC tous les jours pour le changement de mon pansement.

Après trois semaines, et pour 3 mois supplémentaires, je dois maintenant aller à la clinique d’allaitement aux 2 jours. Donc, on résume : CLSC tous les jours, clinique d’allaitement aux 2 jours, avec un bébé naissant et M. X de retour au travail.

Pendant tout ce temps-là, je dois allaiter et donner du lait de formule parce que je ne fournis pas assez de lait et que mon bébé ne prend pas de poids. Pendant un mois, j’allaite Bébé J. et, ensuite, elle a son lait de formule avec une seringue et un tube que j’appose sur mon sein pour qu’elle le stimule. C’est l’enfer. Chaque boire dure 1 h -1h30 et revient au 3 h. Je persévère, car on m’a dit que mes chances de pouvoir allaiter étaient très bonnes.

Après un mois, je laisse tomber la seringue et passe au biberon pour le lait de formule parce que je suis épuisée. Je continue la routine : allaitement, biberon, tire-lait, médicaments 4 fois par jours, produits naturels 2 fois par jour. Les infirmières de la clinique me font sentir que donner le biberon, c’est signer l’arrêt de mort de mon allaitement.

Je n’ai jamais eu de montée laiteuse.

Pendant 4 mois, j’ai allaité 6-8 fois par jour + donné un biberon autant de fois, j’ai tiré mon lait 6 fois par jour (mon record :6 ozen 24 h) pour stimuler, j’ai pris des médicaments, j’ai pris des produits naturels. J’ai tout fait et je n’ai jamais eu de montée laiteuse.

Je me sentais prisonnière. Je n’avais aucun des avantages de l’allaitement (toujours prêt, à la bonne température) et aucun des avantages du biberon (pouvoir sortir et laisser Bébé J. à M. X.).

Quand Bébé J. a eu 4 mois, j’ai décidé d’arrêter l’allaitement. Mes chances étaient nulles de pouvoir un jour allaiter uniquement avec Bébé J. Quand j’ai annoncé la nouvelle à la clinique d’allaitement (où j’allais encore chaque semaine), je me suis sentie jugée comme jamais. On m’a fait sentir comme une lâcheuse, comme si je n’avais eu aucune persévérance, que je laissais tomber à la première difficulté. On a essayé de me convaincre de revenir sur ma décision. J’ai fait comme si je les écoutais, j’ai pris mon prochain rendez-vous, et je ne me suis pas présentée. Je n’ai pas non plus retourné leurs appels.

J’étais celle qui trouvait le plus difficile d’arrêter mon allaitement, parce que je voulais allaiter et je n’ai pas pu. Je n’avais pas besoin qu’on en ajoute une couche. Je ne me sentais pas coupable, heureusement, mais j’étais déçue, et après mon accouchement, c’était un deuxième deuil.

Après, ce sont les pro-biberons qui m’ont trouvé des bibittes. Pourquoi être déçue que mon allaitement n’ait pas fonctionné? Mon bébé était en santé, c’était ça l’important. Je pouvais la faire garder quand je voulais. Comme si ma déception de ne pas avoir eu un accouchement et un allaitement comme j’en rêvais faisait en sorte que je n’appréciais pas le fait d’avoir un bébé en santé.

Encore maintenant, quand j’en parle, et jamais de mon propre chef, on ne comprend pas ma déception et on me donne l’impression que je me plains le ventre plein.

Je vais réessayer l’allaitement à ma prochaine grossesse, mais si encore une fois je n’ai pas de montée laiteuse, je ne le ferai pas pendant quatre mois. Je ne m’acharnerai pas comme je l’ai fait, au détriment de ma santé. Mais je ne laisserai personne me dire que je n’ai pas de persévérance, que j’abandonne à la moindre difficulté. Et j’afficherai ma déception, sans gêne.